Puissance des contraires, la peinture est pour moi le lieu de tous les
mélanges, de toutes les interférences, de toutes les
métamorphoses.
Il est question de territoires se voulant de plus en plus ouverts, des
espaces parcourus par une forme ovoïdale récurrente, sorte
de signifiant instable, mon Monstre. Sans nom. Sans titre.
La présence du monstre dans ma démarche artistique
évoque évidemment mon intérêt pour
l’être fuyant refusant d’être nommé mais
acceptant toutefois l’attribution, la nomination.
Le monstre comme objet occupant un interstice, le monstre comme objet
destiné à errer dans ma topographie, le monstre comme
objet ayant le monde pour pays.
C’est pourquoi, à l’image des allégoristes,
il tente de porter sur la scène l’indicible et
l’invisible.
«Assez souvent, ils (les
monstres) sont rejetés sur les ‘bords’ de
l’oeuvre, dans les marges des manuscrits, les bordures des
tapisseries, l’encadrement des fresques...»
«Le monstre est alors
à peine perçu; résultat d’un caprice,
il occupe un vide dont l’art aurait horreur; il n’a pas de
signification évidente et passe donc pour
‘insignifiant’»
Objet lié à
l’ambiguïté et à
l’altérité, nous ne savons plus si ce monstre
mouvant naît de son environnement atemporel et atopique ou
à l’inverse si ce milieu n’est pas lui-même le
fruit de sa migration.
Le temps, l’espace, le
déplacement construisent la composition, donnent à voir
en peinture et questionnent ainsi notre relation au monde.
M.F., novembre 2007
Le monstre dans l’art occidental, un problème esthétique, G. Lascault, Klincksieck, 2004, p.55/p.61